Mercredi matin, 9h00.

J’ai rendez-vous avec une Petite Poucette (nom donné affectueusement aux jeunes de la génération internet par Michel Serres (1) dans son école de commerce, pour renseigner les documents administratifs nécessaires à son stage.

Que pense-t-elle, Petite Poucette, de la société dans laquelle elle s’apprête à faire son entrée ?

De cette société qui  lui laisse une Terre en sursis, un état vivant à crédit depuis 30 ans, des perspectives d’emploi limitées, …

Regarde bien ton environnement, Petite Poucette, observe bien ce monde que nous te léguons, sans pessimisme exagéré, mais sans complaisance aucune également :

Tu t’interroges sur les raisons de cette crise ?

Bonne nouvelle, si l’on peut dire : la crise : financière, économique, morale également, que nous connaissons, est tout sauf le fruit du hasard…

L’histoire nous apprend que les spéculateurs ne sont pas nés de la crise des subprime, que la France, comme un certain nombre de riches états européens, vit au-dessus de ses moyens depuis 30 ans et que les gouvernements successifs que tes parents et moi avons élus depuis ces années-là, ont préféré majoritairement recourir à l’endettement, plutôt que d’imposer aux Français des réformes impopulaires…

(voir les extraits vidéo de Philippe Dessertine, Université Hommes-Entreprises 2009)

Philippe Dessertine (photo: J Marie Laugery)

Certes, l’exercice du pouvoir dans un pays comme la France, prompte à s’élever contre le pouvoir (Révolution Française, Commune,…)  n’est pas une partie de plaisir…

A l’automne 95, notre Premier ministre de l’époque, un certain Alain Juppé, l’avait appris à ses dépends, alors qu’il tentait de faire passer une juste réforme du coûteux système de retraite français.

Dans notre pays,  gouverner nécessite d’avoir à la fois une vision claire, une capacité de travail hors norme, un cerveau bien structuré, de la diplomatie pour négocier avec les parties prenantes et du charisme pour entrainer le pays derrière soi…. Et j’ajouterais, pour compléter ce tableau déjà ambitieux, une certaine abnégation, qui va évidemment à l’encontre de l’ambition qui prévaut chez beaucoup de nos politiques…

Je t’explique cela, Petite Poucette, parce qu’en fait, ce tableau d’apparence assez sombre nous montre que ce sont les hommes et les femmes qui font la grandeur ou la décadence d’un pays, pas les systèmes économiques et financiers.

Aurions-nous les meilleurs économistes, la France resterait dans le même marasme si elle n’avait pas les hommes d’état capables de conduire les réformes élaborées…

Car la recette pour sortir la France de l’ornière, nous la connaissons : retrouver la confiance, être positif, reconsidérer la valeur du travail, changer soi-même.

1)      Ayons confiance dans nos forces

Michel Serres nous rappelait cet été, à Smith Haut Lafitte, le génie français : un peuple qui détient (ramené au nombre d’habitants) le record du monde de prix Nobel et de médailles Fields (son équivalent, en mathématiques).

voir son itw lors de la 18ème Université HE sur le lien: https://ceca.asso.fr/uhe-direct

De la théorie, me dis-tu ? Certes, mais qui a conduit les chercheurs français à des inventions qui ont révolutionné le monde industriel : quelques exemples emblématiques : dans l’aviation commerciale supersonique (le Concorde, Airbus), dans le transport de voyageurs à grande vitesse (TGV), dans les centrales nucléaires, dans la téléphonie, dans les lanceurs spatiaux, les lasers, etc…

Ce que la génération « d’ingénieurs » de l’après-guerre a réalisé, nous pouvons le faire.

 

2)      Soyons positif

Clara Gaymard, en préambule de sa conférence à l’Université Hommes-Entreprises cet été nous disait que la critique, la dévalorisation était malheureusement devenue le sport national des Français…

A tel point que seul ce qui est critique semble louable, aujourd’hui…

N’as-tu pas remarqué, Petite-Poucette, la différence entre le faible nombre de livres ou de films positifs qui réussissent à percer par rapport à la quantité d’oeuvres pessimistes ?

N’as-tu pas remarqué également la propension qu’ont certains média (un peu le reflet de nos penchants) à faire émerger les mauvaises nouvelles ?

A l’instar de Joël de Rosnay, ayons le réflexe du : « oui et » qui ajoute, qui ouvre, plutôt que le : « oui-mais », qui retranche, qui oppose.(3)

 

3)      Ayons une autre vision du travail

Alors même que les pays émergents (Chine, Inde, Amérique du Sud,…) commençaient, à la fin des années 90 à prendre (ou reprendre) la part qui était la leur sur le marché mondial, avec des coûts bien moindres et des horaires bien plus larges, la France mettait en place les 35 heures de façon unilatérale …(pour mémoire, le président du patronat de l’époque, Jean Gandois , décida de démissionner  du CNPF, ne trouvant plus les conditions de dialogue réunies …)

En plus de désorganiser les services publics et d’alourdir encore la dette de l’état (à partir de 2002, l’état payait chaque année des subsides non négligeables à toutes les entreprises s’étant engagées à recruter, dans le cadre des 35 heures), cette loi a changé le regard des Français sur le travail, le faisant malheureusement plus souvent apparaître comme une contrainte que comme un atout : celles et ceux voulant – ou devant- travailler plus ne le pouvant plus, en tous cas plus avec la même souplesse…

(n.b. ce système a perduré sous le gouvernement Fillon, avec un coût énorme de paiement des heures supplémentaires pour l’économie).

Depuis 10 ans, droite et gauche reconnaissent, parfois même en public, que cette loi – inventée par la droite, imposée par la gauche- est une fausse bonne idée.

Ne pouvons-nous avoir du travail une conception plus humaine, plus attrayante, plus enrichissante ?

Beaucoup de métiers, quelque soit leur nature, ne peuvent-ils être dignes d’intérêt, voire de passion ?

La preuve, c’est que les métiers manuels, traditionnellement peu mis en valeur en France, attirent de plus en plus de « cols blancs », cadres lassés du manque d’autonomie de grands groupes qui veulent se reconvertir dans un métier : électricien, boulanger, agriculteur…

Es-tu, Petite Poucette, comme ces jeunes étudiants de la Fac de Nanterre, dont Philippe Dessertine dit qu’ils ne conçoivent la « vraie vie » qu’après les cours, le week-end, ou, mieux encore, au moment des vacances ?!…

Quelle vision du travail, de l’entreprise, vous avons-nous transmise ?

Au moment de choisir ton métier, Petite Poucette, cherche avant tout celui qui correspond à tes goûts, à tes talents : on n’est jamais aussi bon que dans les tâches que l’on aime, que dans celles qui nous passionnent : cela demande souvent du temps…

 

4)      Le changement commence par soi

La classe d’âge d’après guerre, qui a amené de considérables progrès technologiques en France peut apparaître également comme celle qui n’a eu que la religion de la consommation, nous amenant à la double impasse économique et écologique…

Elle a un besoin urgent de relais, qui inventent un nouveau modèle économique et sociétal : ce sera toi, Petite Poucette !

Si tu veux vivre dans un monde meilleur, plus juste, Petite Poucette, suis ce principe de vie : le changement commence par soi.

Oui, il est possible de construire un monde meilleur, plus juste, où l’Homme reprendra la main sur le financier : de nombreuses entreprises se sont créées sur ce modèle et d’autres reviennent à l’entreprise humaine (voir n° spécial de l’Express : http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/emploi/la-genese-du-business-et-du-sens_1181798.html )

Oui, il est possible de conjuguer croissance, baisse du chômage et baisse de l’endettement ;

Oui, il est possible d’être heureux et de préserver la planète. (voir la stratégie d’Ellen Mac Arthur basée sur l’économie circulaire)

 

Alors, soit confiante, Petite Poucette, tu arrives dans un monde professionnel où tout (ou presque !) dépendra de toi, de ton assurance que tu peux participer à ce changement : le monde est mûr !

Références:

(1) Michel Serres: « ¨Petite Poucette »; (ed Le Pommier)

(2) Joël de Rosnay : « Surfer la vie » (ed Les Liens qui Libèrent)

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